Syndrome du piriforme et approche de l’ostéopathie

Encore appelé piriformis syndrome ou syndrome du pyramidal, le syndrome du piriforme se définit comme la compression du nerf sciatique par une contracture du muscle piriforme dans le canal sous pyramidal (ou infra piriforme). Ce syndrome canalaire se manifeste alors par une sciatalgie tronculaire. (1)

Le syndrome du piriforme est à la fois sous-estimé et mal connu. (2) Selon une étude quelque peu désuète (datant de 1976), il serait responsable de 6% des sciatalgies (3), avec une nette prédominance féminine (6 femmes pour 1 homme). (4)

Cependant, sa prévalence est très certainement sous-évaluée car la grande majorité des recherches effectuées concernent surtout les grands sportifs alors qu’il est désormais acquis que ce syndrome est bien plus répandu. Employés de bureau, femmes enceintes, personnes sédentaires ou actives… sont autant de victimes potentielles du syndrome du piriforme.

Sciatique, sciatalgie, quelles différences ?

Les termes « sciatique » et « sciatalgie » sont souvent utilisés dans le langage commun pour désigner la même chose : une douleur au niveau de la fesse qui descend plus ou moins à l’arrière de la jambe. Or, certains auteurs réalisent une distinction entre les 2. (5)

La sciatique, ou plus exactement névralgie sciatique, présente une origine discale au niveau du rachis lombaire ou symptomatique (fracture, néoplasie, infection). La douleur, aiguë, irradie le long du membre inférieur par compression des racines L5 ou S1. Dans certains cas, elle s’accompagne d’une perte des réflexes et de signes moteurs allant parfois jusqu’à la paralysie. La personne atteinte adopte une position dite « antalgique » afin de soulager sa douleur.

La sciatalgie, quant à elle, se caractérise par une origine toujours musculaire ou capsulo-ligamentaire, provoquant une douleur sourde et des irradiations de type L5, S1 ou S2. La perte des réflexes est plus rare et elle n’engendre pas de signes moteurs. Généralement, aucune position antalgique n’est adoptée.

Dans le cas du syndrome du piriforme, il serait donc plus approprié de parler de sciatalgie car son origine est musculaire.

Quel est son mode d’apparition ?

Pour essayer de comprendre comment peut apparaître ce syndrome, il faut explorer un temps soit peu l’anatomie du bassin.

Le muscle piriforme ou muscle pyramidal est situé en grande partie dans la cavité pelvienne. Il s’insère sur la partie antérieure du sacrum, à la base de la colonne vertébrale, puis se dirige horizontalement vers la région fessière pour terminer sa course sur le grand trochanter du fémur.
Au cours de son trajet, il délimite 2 canaux dont le canal infra piriforme emprunté par le nerf sciatique.
Cette description est valable dans 78% des cas mais il existe des variantes anatomiques dans lesquelles le nerf traverse directement le muscle ou le muscle se divise en 2 faisceaux.

Le muscle piriforme possède plusieurs rôles. C’est un ligament actif pour l’articulation sacro-iliaque qu’il stabilise. Lorsque que la jambe est étendue, sa contraction provoque une rotation externe et une abduction de la hanche. Il maintient également le sacrum en équilibre entre l’antéversion et la rétroversion et oriente le pied lors de la marche.

Le syndrome du muscle pyramidal est lié à une contracture de ce muscle. Une contracture est une contraction musculaire involontaire et inhabituellement prolongée sans lésion de la fibre musculaire. Elle peut être due à une utilisation excessive du muscle en intensité ou en durée, ou à une contraction réflexe suite à un étirement important.
Le muscle spasmé devient dur et épais. Il vient perturber le bon fonctionnement des éléments de voisinage et irriter mécaniquement le nerf sciatique. (6)

Comment se manifeste-t-il ?

Le syndrome du pyramidal se manifeste sous forme de douleurs de la fesse, irradiant souvent à la face postérieure de la cuisse et ne dépassant pas le genou : on parle de sciatalgie tronquée. Il ne s’accompagne pas de lombalgies et les douleurs sont presque toujours unilatérales (un seul côté). (7)

Il apparaît généralement suite à :

  • la position assise prolongée, surtout sur un siège dur (longs voyages en voiture), ou avec les jambes croisées
  • un effort de soulèvement
  • la montée d’escaliers
  • la marche sur un terrain irrégulier…

Certaines activités favorisent son apparition : la course à pied, la course de fond, le cyclisme et les sports dit asymétriques en général (hockey sur glace, golf, tennis…), d’autant plus si on est en présence d’une vraie inégalité de longueur des jambes (jambe courte) qui augmente l’asymétrie.

Attention, il ne peut être évoqué un syndrome du pyramidal qu’une fois qu’ont été exclues toutes les autres causes possibles de sciatalgies : hernie discale, sténose foraminale, compression tumorale, sacro-iléite, fracture du bassin… Certaines d’entre elles sont des urgences médicales !

Que se passe-t-il lors de la grossesse ?

De nombreuses études (8) (9) (10) estiment à 1 sur 2 la proportion de femmes qui développeront une lombosciatalgie au cours de leurs grossesses avec un pic de la fréquence d’apparition entre le 5ème et le 7ème mois.

Pendant la grossesse, les modifications corporelles accentuent la lordose lombaire, ce qui a pour effet d’horizontaliser le sacrum. Le muscle piriforme, qui possède une action de maintien en équilibre du sacrum, va donc se contracter afin de lutter contre cette bascule. Chez une femme qui, avant la grossesse, adoptait quotidiennement des postures asymétriques sans aucune gêne, ce surplus de tension au niveau des muscles pyramidaux dépassera le seuil de tolérance à la douleur et l’irritation du nerf sciatique deviendra symptomatique : la sciatalgie s’installe !
La marche, la station debout ou assise prolongée majorent la douleur à la fesse dont le pic sera ressenti en fin de journée. Il en devient difficile de trouver une position antalgique pour dormir. La vie quotidienne de la femmes enceinte s’en trouve impactée, la contraignant au repos forcé et parfois même à l’arrêt précoce du travail.

En plus de ses conséquences sur la grossesse, une contracture du muscle piriforme aura des répercussions au moment de l’accouchement. En effet, un muscle piriforme contracturé bloque l’articulation sacro-iliaque qui ne peut donc se mouvoir pour faciliter le passage du bébé dans l’excavation pelvienne. L’accouchement en sera d’autant plus pénible, aussi bien pour la mère que pour l’enfant. (10)

Quelle prise en charge par l’ostéopathie ?

Le but de l’ostéopathe est de corriger les asymétries qui se sont mises en place au fil du temps, à cause d’une mauvaise posture, d’un traumatisme ancien ou récent, ou de la pratique d’une activité sportive soutenue. Au niveau du bassin, ces asymétries entraînent des tensions excessives sur les muscles fessiers, dont le muscle piriforme, qui y répond en se contractant. Par des techniques manuelles appropriées, l’ostéopathe redonnera de la mobilité aux structures avoisinantes. L’étirement du muscle piriforme relâchera l’excès de tension musculaire génératrice de l’irritation du nerf sciatique.

(1) J.F. Koulvalchoulk – le syndrome du pyramidal
(2) S. Bendata & al. – Réflexion autour du bassin – Springer – ISBN : 978-2-8178-0219-0 – 2011
(3) JB Pace & D. Nagle – Piriforme syndrome – West J Med – 124; 435-9 – 1976
(4) https://douleurchronique.org/les-maladies/douleur-au-dos-au-cou-et-aux-articulations/syndrome-du-piriforme/
(5) François Ricard – Traitement ostéopathique des lombalgies et lombosciatiques par hernie discale – Éditions Elsevier Masson – ISBN : 978-2-84299-839-4 – 2008
(6) Marion Rolin – Sciatalgie et grossesse : améliorer la prise en charge de la sage-femme grâce à l’ostéopathie – École de Sage-Femme de Metz – 2014
(7) E. Brochet – La lombosciatalgie et la grossesse…en deux maux – Mémoire étudiante Sage-Femme – École de Sage-femme de Metz – 2006
(8) J. Caderas de Kerleau & al. – Radiculalgies et lombalgies au cours de la grossesse – Bull Fel Soc Gynécologie Obstétrique – 1963
(9) MJ Mantle & al. – Backache in pregnancy – Rhumatol Rehabil – 1977
(10) L. Busquet – Les chaînes musculaires, Tome IV, Membres inférieurs – Éditions Frison-Roche – ISBN : 2-87671-363-2 – 2000

Note : Consultez toujours un professionnel et suivez les recommandations de votre médecin, ou professionnels de la santé qui vous accompagnent. Le soin d’ostéopathie ne remplace pas le suivi médical dont vous pouvez bénéficier.

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Equipe d'ostéopathes membres de la Clinique d'Ostéopathie SER à Montréal.

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